Voici la contribution que notre ami Claude Loup a déposé sur le registre de la concertation à la mairie de Montmorency :

Les raisons d'une opposition

Montmorency, le 6 novembre 2012

Après avoir assisté aux réunions publiques de Garges, Soisy, Montmorency et Groslay, je dois dire que les opposants aux projets m'ont convaincu que les bénéfices attendus en terme de créations d'emploi (EuropaCity du groupe Auchan à Garges et Dôme Arena à Sarcelles) sont complètement illusoires et ne comptabilisent pas les emplois qui seraient détruits dans les commerces et centres commerciaux présents dans et autour de nos villes.

Loin de désengorger le trafic local (ex. la D125 entre Soisy-sous-Montmorency et Saint-Brice) et désenclaver les villes mal desservies, cette autoroute urbaine aboutirait plus sûrement à drainer dans la Vallée de Montmorency et la Plaine de France un trafic nouveau de poids lourds et de véhicules en transit qui se dégageraient des bouchons de l'A15 et de l'A1 et finiraient par encombrer les rues de nos villes chaque fois que l'avenue du Parisis serait elle-même saturée.

Il est remarquable que lors des 3 dernières réunions publiques (Soisy, Montmorency et Groslay) plus aucun riverain ne s'est exprimé pour soutenir le projet du CG ; au contraire toutes les personnes qui ont réussi à prendre la parole ont combattu ce projet d'un autre siècle au motif qu'il ne correspond plus ni aux besoins des populations locales ni aux impératifs d'aménagement des transports dans la région.

On entend trop souvent dire que le Val-d’Oise a une spécificité par rapport à beaucoup d’autres départements d'Ile-de-France, à savoir que nous, les Val-d'Oisiens, resterions attachés à l'idée que rien ne peut remplacer l'utilisation de la voiture pour se rendre à son travail ou pour nos déplacements quotidiens comme si notre conception de la liberté passait par l’utilisation à outrance de l'automobile. Et pourtant toutes les enquêtes y compris celles qui ont été réalisées sous l'égide du Conseil Général (la dernière rendue publique date de 2007) montrent que les Val-d'Oisiens aspirent, comme tous les habitants des grandes agglomérations urbaines aujourd'hui en France, à disposer de transports en commun performants, à proximité de leurs lieux de résidence et de travail et sont tout à fait prêts à les prendre pourvu que l’offre soit là.

Dans tous les départements de la région parisienne que je connais bien où des tramways ont été construits, la fréquentation de ces tramways a rapidement dépassé le double de ce qui était prévu à l’origine. La population veut bien prendre les transports en commun à condition qu’ils soient fonctionnels, rapides et qu’ils permettent de rejoindre directement des lieux de travail ou de vie. Aujourd’hui, dans la vallée de Montmorency, les personnes âgées aimeraient bien avoir des transports en commun faciles pour se rendre à l'hôpital qui n'est plus toujours à proximité ; les étudiants aimeraient bien avoir des liaisons rapides en transport en commun pour ne pas être obligés de trouver une voiture pour rejoindre leur Université à Cergy ou Saint-Denis ou Épinay-Villetaneuse.

Oui les besoins existent. Dans la société qui est la nôtre aujourd'hui, il est communément considéré que c'est l’offre qui crée la demande. Mais selon les initiateurs du projet il y aurait donc une exception dans le Val d'Oise en ce qui concerne nos modes de déplacement ? Eh bien non ! Même si les Val-d'Oisiens continueront encore longtemps à souhaiter posséder une voiture, notamment pour des déplacements en famille ou en vacances, ils sont très nombreux déjà à espérer pouvoir l’utiliser le moins possible, à cause du prix des carburants qui ne cessent d'augmenter, mais aussi parce qu’ils pensent à l’avenir de leurs enfants et de leurs petits-enfants et qu'ils veulent contribuer à la réduction de la pollution atmosphérique et environnementale.

Au lieu de s'acharner à réaliser un projet imaginé au siècle dernier, dans les années 30, en ouvrant une brèche qui couperait en deux les communes traversées, augmenterait les difficultés de circulation des habitants et ajouterait de nouvelles nuisances environnementales à celles qui existent déjà (Roissy), il serait temps que les élus se mettent à l'écoute de la population et que le Conseil Général du Val d'Oise fasse siennes les orientations du SDRIF, le schéma directeur pour la région Ile-de-France, qui prévoit une réduction des trafics routiers de 2 % à l’horizon 2030 et une augmentation des parcours en transports en commun propres de 30 % et qui retient comme objectifs prioritaires la préservation des dernières terres agricoles cultivées et des rares espaces naturels à proximité de nos agglomérations et la lutte contre la pollution.

Comme citoyen et contribuable dans ce département, je demande que les Conseillers Généraux se placent résolument dans cette logique-là au lieu d'essayer de nous faire croire que ce projet est d'intérêt général et que vous réussirez à obtenir des financements de l'État ou de la Région. Si vous vous entêtiez dans ce projet, c'est le Département seul qui devrait en supporter le coût, alors que chacun sait que le Val d'Oise est un département trop endetté et alors que nos concitoyens commencent à crouler sous le poids des augmentations de taxes foncières et d'habitation décidées ces deux dernières années par le Conseil Général.

Et pour terminer, acceptez de considérer que ceux qui ne sont pas d'accord avec votre projet et qui l'expriment dans le cadre de la concertation en cours, puissent être motivés par autre chose que la défense d'intérêts privés ou personnels. Admettez qu'ils puissent être capables de regarder plus loin que le bout de leur jardin et de s'intéresser à autre chose que ce qui pourrait passer demain sous leurs fenêtres. Envisagez l'idée qu'ils puissent être tout aussi porteurs que vous de l’intérêt général de leurs concitoyens et des Val-d'Oisiens en général.

Claude LOUP (membre du GAM-MCY, adhérent au Collectif "Vivre sans Bip")